Pour mieux accompagner, préparer et conseiller les personnes engagées dans des enquêtes sociales, ordonnées par le juge aux affaires familiales, voici un article du Monde du 23 nov 2025 sur la convention citoyenne sur les temps de l'enfant ! Quelques réflexions pour fixer les droits de visite et d'hébergement et les résidences alternées !
Ci-dessous, voici l’article du Monde.
Les 130 personnes tirées au sort pour réfléchir au sujet dans le cadre du Conseil économique, social et environnemental, à la suite d’une demande d’Emmanuel Macron, prônent la semaine de cinq jours à l’école avec de profonds réaménagements des apprentissages. En revanche, ces citoyens ne souhaitent pas révolutionner les vacances.
Par Sylvie Lecherbonnier et Eléa Pommiers
Publié le 23 novembre 2025
La question posée aux 133 personnes tirées au sort pour participer à la convention citoyenne sur les temps de l’enfant avait de quoi donner le vertige. « Comment mieux structurer les différents temps de la vie quotidienne des enfants afin qu’ils soient plus favorables à leurs apprentissages, à leur développement et à leur santé ? », leur avait demandé le premier ministre d’alors, François Bayrou, dans sa lettre de saisine signée au mois de mai.
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Les citoyens réunis par le Conseil économique, social et environnemental (CESE) se sont pleinement emparés de ce champ des possibles pour établir leur rapport final, qui doit être soumis au vote dans son ensemble, dimanche 23 novembre dans la matinée. Dernière étape après s’être accordés, mi-novembre, sur 20 propositions, adoptées chacune à plus de 66 % des voix. Ces propositions dessinent une transformation en profondeur de la prise en charge des temps de l’enfant, aujourd’hui trop « fragmentés » et « sous-investis humainement et financièrement ». A commencer par une refonte d’ampleur du système scolaire, « inadapté aux rythmes biologiques des enfants ».
Le choix a été fait de parler des « temps de l’enfant » pour dépasser le sujet clivant des rythmes scolaires, mais c’est bien l’organisation du temps scolaire qui constitue le cœur du rapport des citoyens, que Le Monde a pu consulter. Plus des deux tiers des propositions ont trait à l’école, identifiée comme le principal vecteur de prise en charge collective des enfants à même de réduire les inégalités sociales et territoriales, véritable fil rouge de leurs travaux.
Les membres de la convention ont auditionné nombre d’experts pendant ces cinq mois et ont pris en compte les recommandations du panel des jeunes de 11 à 17 ans qui ont planché en parallèle aux adultes. « Les rapports des jeunes et des citoyens se ressemblent et se répondent », observe Kenza Occansey, vice-président du CESE chargé de la participation citoyenne.
Parmi les propositions phares, celle, adoptée à plus de 80 %, d’une semaine de cinq jours dès l’école élémentaire, pour rompre avec l’exception française du rythme de quatre jours. Un consensus citoyen qui contraste avec le tollé politique qu’avait suscité la réforme des rythmes menée en 2013 par le ministre de l’éducation nationale de l’époque, Vincent Peillon. Les participants à la convention plébiscitent plus globalement une réorganisation totale des journées de classe, avec un report du début des cours à 9 heures à partir du collège, et des journées qui se termineraient plus tôt, vers 15 h 30.
Sur le fond, les citoyens plaident pour une redéfinition du socle commun d’apprentissage pour inclure des apprentissages pratiques et une nouvelle organisation des journées de classe : le matin consacré aux apprentissages théoriques et l’après-midi à des apprentissages plus pratiques, artistiques, et sportifs. Ils proposent d’alléger les programmes et de faire de la place à des ateliers de la vie quotidienne comme le bricolage ou la cuisine. Réduire les cours à quarante-cinq minutes effectives dans le secondaire et garantir à chaque enfant une pause d’une heure et demie à midi complètent cette rénovation en profondeur du temps scolaire.
Jugeant que les enfants n’ont pas assez de « vrai temps libre », les citoyens veulent leur permettre, avec cette nouvelle organisation, de « ne rien faire, pour jouer, rêver, s’ennuyer, discuter, se reposer ». « Ces moments ne sont pas du vide : ils sont essentiels au développement, à la santé mentale et à la créativité des enfants », affirment-ils, reprenant les travaux des chronobiologistes. Dans ce cadre, les participants appellent à diminuer les devoirs à la maison et à concentrer ces temps d’exercice à l’école. Selon eux, les devoirs sont aujourd’hui tout à la fois « source de souffrance », de « tensions au sein des familles » et vecteurs d’inégalités.
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Si l’organisation de la journée et de la semaine a fait l’objet d’un consensus rapide au sein des participants, la refonte des vacances a, jusqu’au bout, donné lieu à d’âpres débats et constitué un point d’achoppement. Finalement, alors que la convention citoyenne est née d’une focalisation du président de la République, Emmanuel Macron, sur leur durée, qu’il juge trop longue, l’idée de raccourcir les congés scolaires a été la plus massivement rejetée par les citoyens (plus de 60 % étaient contre).
Ils s’en tiennent à une forme de statu quo avec des aménagements à la marge. La majorité s’est prononcée pour un respect scrupuleux de l’alternance entre sept semaines de cours et deux semaines de vacances, comme le recommandent, là encore, les chronobiologistes ; et comme les organisations syndicales et associations de parents d’élèves représentés au conseil supérieur de l’éducation le demandent au ministère. Pour cela, ils veulent passer de trois à deux zones pour les vacances de février et d’avril, et insistent sur la nécessaire reconquête du mois de juin. Le réchauffement climatique a pesé dans cette proposition : une réduction des vacances scolaires est jugée « pas compatible » avec la multiplication des vagues de chaleur l’été.
La convention aboutit à des évolutions systémiques dont aucun pan n’est éludé. La réduction des effectifs dans les classes et la revalorisation des métiers de l’éducation, y compris d’un point de vue salarial, sont perçues comme des conditions de réussite essentielles pour ces temps de l’enfant repensés. Elle en appelle en outre à une meilleure coordination des acteurs, à une réflexion sur les transports scolaires et à augmenter les aides à la parentalité. Les participants rejoignent aussi Emmanuel Macron sur la volonté d’interdire les réseaux sociaux avant 15 ans, avec toutefois des réserves.
« Les temps de l’enfant ne se résument pas à une question d’horaires ou de calendrier. Ils traduisent des choix collectifs de société », préviennent cependant les citoyens, qui plaident pour une évolution globale de la société face au constat « alarmant » de l’état des jeunes, qui subissent des rythmes dictés par les contraintes des adultes et sont « fatigués et sous pression ». Ils étaient nombreux, lors de l’avant-dernière session du 7 au 9 novembre, à craindre la focalisation du rapport sur la question scolaire au détriment d’enjeux transversaux, comme la lutte contre les violences, ou l’accompagnement à la parentalité.
Ce dernier sujet, bien que jugé fondamental, fait l’objet de peu de propositions précises dans le rapport. Signe de la difficulté des participants à s’accorder, dans le temps imparti, sur les contours d’une politique publique de la parentalité, sujet touchant à l’intime et à la vie privée, plusieurs des idées qui avaient été formulées, votées par moins de 66 % des conventionnels, ont été écartées. C’est le cas du projet d’un « service public de la parentalité », d’un « crédit d’heures annuel pour les parents » ou encore de la « mobilisation de seniors volontaires dans les temps de l’enfant ».
Y a-t-il un espace pour que ces travaux trouvent des débouchés politiques, dans un pays sans majorité parlementaire, qui plus est à moins de six mois des élections municipales de 2026 et à dix-huit mois de la présidentielle de 2027 ? La crainte d’avoir produit un « rapport de plus qui finira sur les étagères » tourmente les citoyens depuis le premier jour, tout comme celle d’être instrumentalisé.
« L’idée est de dessiner les grandes évolutions souhaitables et de répondre à la question : que veut-on pour les enfants à l’horizon de dix ou quinze ans ? », défend Kenza Occansey. Il l’a précisé aux membres de la convention lors de l’avant-dernière session : « Une convention citoyenne n’écrit pas la loi. Ce que vous proposez ne sera pas repris intégralement en l’état, vous êtes là pour donner une boussole aux décideurs politiques. »
Le conseil a prévu de remettre le rapport officiellement au gouvernement, aux parlementaires et aux élus locaux. « On va faire plus qu’espérer qu’il y ait des retombées politiques, on va y travailler et les citoyens en seront les premiers garants », assure Kenza Occansey. Certains ont d’ailleurs déjà pris des rendez-vous avec les élus de leur territoire, députés et sénateurs notamment, pour présenter le rapport. « On ne peut pas avoir réuni pendant six mois 130 personnes qui ont donné du temps et de leur énergie, et ne rien faire de tout cela. » D’autant, selon le vice-président du CESE, que « le sujet ne disparaîtra pas tant qu’on ne l’aura pas traité »